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Portable

Sur la table de nuit

parfois même dans le lit

sur la table dès le petit déjeuner

sur le bureau à côté de l’ordinateur, à la table familiale -sauf quand c’est interdit pour les enfants –

dans le métro -mais pas dans l’avion-

dans le jardin -comme c’est dommage –

Il est rarement plus loin que notre poche.

Il parle, il écoute, il raconte des histoires, il diffuse des infos, il sert de dictionnaire, il parle les langues étrangères, il diffuse des concerts, des émissions culturelles, il donne l’heure

il sait tout sur tout

Parfois il est objet de haine: le conjoint le hait quand il voit  l’épouse regarder l’écran d’un oeil furtif. Il donne l’impression qu’on vit avec des fantômes.

Il est bruyant, il se manifeste de différentes manières qu’on a appris à identifier: pour un appel, un texte, un mail, un tweet.

Il peut être omniprésent et on peut le haïr, déplorer son existence.

Mais qui a dû passer de longues journées à l’hôpital sait qu’avec un smartphone on peut ne jamais s’ennuyer. On appelle un ami, on s’immerge dans la lecture audio d’un long roman qu’on n’avait jamais lu. On peut décider de tweeter une phrase par demi-journée concernant un instant des soins en cours. On prend les photos des amis qui nous visitent et l’on se remémore la vraie vie en écoutant de la musique.

On fait corps avec lui. On est déjà corps-machine.

On est devenu dépendant et l’on souffre de manque quand il n’est pas là.

Décider de s’en passer un jour par semaine ?

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Réveil

Se réveiller doucement seulement sous les paupières et rester au chaud sous la couette. Ecouter le silence.

Puis ouvrir la fenêtre et humer l’air frais. Saluer le jour et les fleurs.

De quoi cette journée sera faite ? Ne pas y penser encore, simplement respirer la vie. Entrer dans le jour très lentement. L’odeur du café chaud monte du rez- de -chaussée et fait frémir les narines. Le chat a sauté sur le lit. Il est temps sans doute.

Je reste un peu à la fenêtre et regarde le lieu où était l’arbre.

Ce printemps le cerisier de Martha n’a pas fleuri. Trente ans durant, chaque mois de mai, il fut une splendeur éblouissante. Un hymne à la foi et à la lumière. Une épiphanie. L’âme de Martha s’est envolée. Un arbre mort fait un trou dans l’espace et dans la mémoire.

Elle nous manque

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Ecrits

Bretagne

16/7: 2018

Tout serait silence sans  les mouettes qui criaillent, pressentant le festin de poissons.

Au petit matin la mer était vive et fraîche.

Le corps en perçoit encore la morsure.

Nous traversons  à vélo le port encore désert, puis longeons la côte jusqu’à sa pointe ultime. Penmarch. Chaque vague ramène sur les rochers sa ligne d’écume blanche. les pâleurs bleues du ciel se noient dans l’eau de l’océan.

Ce soir, nous irons au Fest noz. Nous danserons jusqu’à la nuit au son nostalgique du biniou. Nous aurons dans la tête des ivresses et des airs de jeunesse.

Nous étions à la mi-temps de nos vies et nos coeurs  vibraient de sensations aigües. Les projets clairs de l’avenir fendaient nos visages de sourires joyeux

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Instants de joie et de chagrin( cartes postales)

19.mai

 

Ce printemps le cerisier de Martha n’a pas fleuri. Trente ans durant, chaque mois de mai il fut une splendeur rose éblouissante. Un hymne à la foi et à la vie. Une épiphanie. L’âme de Martha s’est envolée. Un  arbre mort fait un trou dans l’espace et dans la mémoire.

 

21.mai

Aujourd’hui une troisième personne ( agents immobiliers et notaire) est venue visiter la maison de Faye. Je n’ai plus envie de la vendre. Ce week end de Pentecôte y était un vrai bonheur. J’aurais voulu y rester encore quelques jours. Je ressens pour elle de l’attachement et de l’amour.

22 mai

Depuis notre rencontre avec AM il y a 22ans, la douleur de la présence de D. dans notre vie, me transperce et me brûle. Ma relation à AM est sans doute fusionnelle. Je peux néanmoins supporter toute sorte de séparations Mais pas le fantôme permanent de D.

M’en servir comme un moteur et non comme une déploration.

 

 

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Vingt ans

C’était une époque vive , joyeuse, jeune. Vingt ans nous arpentions les rues de Paris, 20 ans, nous chantions, vingt ans nous scandions durant des heures HO HO HO Ho chi Minh. Vingt ans nous nous aimions, Vingt ans nous refaisions le monde bien serrés autour d’un café. Nous argumentions, nous disputions. Vingt ans « Debout les damnnés de la terre » c’est l’internationale ». ca faisait un grand choeur vivant qui vibrant dan la ville. Le soir, agglutinés à côté d’une radio, passant de France-Inter à Europe1. Nous entendions que la masse des manifestants enflait. Quelque chose se passait. ça ne pouvait plus être comme avant.  Puis les barricades de la rue Saint Jacques, les blessés, les flics armés avec leur bouclier qui ne laissaient pas traverser la rue des Ecoles.
Ce n’était déjà plus tout à fait mon « 68 »libre et léger, puissant et enthousiaste.

La violence était inscrite au fond de moi dès l’enfance, le plus souvent dans mes cauchemars. Très tôt, on m’avait raconté la faim, le typhus, les appels dans le froid et le travail sous les coups des SS.

Un jour, bien avant mai 68, c’était lors du passage à Paris de Richard Nixon, une manifestation contre la guerre au Vietnam « Us Go Home » était le slogan principal. Un assaut de flics avait voulu disperser les étudiants. Je m’étais cachée derrière une porte cochère entre baillée. A quelques mètres de moi, une jeune fille, 18 peut-être, se faisait tabasser par trois flics qui la tiraient à terre. Elle hurlait. Les jeunes autour tentaient de la délivrer, ils frappaient les flics et se faisaient frapper. J’avais peur et j’avais honte d’avoir peur. J’ai entendu les premiers CRS SS. Je me disais qu’ils ne savaient pas bien ce qu’étaient les SS mais j’étais électrisée par leur rage et leur détermination.

Mon mai 68 était plein de soleil et de rires, plein d’espoir sur l’avenir. La douleur n’y avait pas de place. Seulement l’espoir.

Et maintenant ? L’espoir?

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Jackie

Dans l’autobus  -Le 38,-, boulevard Voltaire, tu es debout, très maigre, les cheveux teints en blond-jaune. Tu m’interpelles du bout du bus. Hein Sissi, c’était bien le film. J’ai honte, je voudrais être ailleurs. Autour les gens te prennent pour une excentrique.

A 12 ans on n’aime pas les excentriques, surtout en public. J’ai peur d’être happée dans ta présence. J’ai horreur de tout ce qui sort des normes. J’ai besoin de repères fixes et de normalité. Je dois me mettre à l’abri de la folie.

Au milieu du couloir de l’autobus, tu continues à hurler et tes harangues à la cantonade sont entrecoupées de « Hein Sissi ». Les gens maintenant riaient franchement. J’ai hâte d’arriver à la maison; c’est à dire chez elle. Nous revenons du cinéma, le studio 43, où elle m’amenait régulièrement. Ils y passaient des films soviétiques pour enfants dont je me souviens encore. Les fondements de ma culture; Maroussia, Tchouk et Guek, Au loin une voile, Plus tard, elle m’a amenée voir tous les films sur les camps.

Pour l’heure, après le film, elle m’offrait un chocolat liégeois qu’elle agrémentait d’un « C’est pas au camp que tu aurais eu ça! » Je ne faisais pas trop attention

C’était moins de dix ans après qu’elle fut sortie de Ravensbrück. Parfois elle s’accrochait à mes genoux comme si on allait l’arrêter. .

J’étais prise dans un même temps d’un mouvement de compassion et de dégoût. Je savais mais je ne voulais pas savoir.

 

 

 Utopie?

Utopie, utopie, mais je rêve. Comment pouvoir en imaginer de nouvelles. De ce côté là l’époque bloquait vraiment l’imaginaire. Même les distopies on n’y croit plus. Daech mourra aussi. Mais je n’ai pas envie d’y penser.

Mais, moi l’athée dès le biberon, je m’en suis fabriqué une petite bien utile. Quand mes parents me laissaient seule le soir pour aller à des réunions, -ils étaient militants-, et que je tremblais en pleurant seule dans mon lit, mon rêve éveillé le plus récurrent était l’arrivée des nazis dans la maison: ils montaient les six étages avec leurs armes, forçaient la porte de notre appartement et empruntaient le couloir qui desservait les chambres. La mienne était tout au fond. Je pouvais les entendre venir. J’imaginais des barricades installées tous les mètres à travers le corridor mais ils les franchissaient. Alors je compris que mon seul salut ne pouvait être que le ciel. Un ciel sans Dieu, ni vierge ni anges. Seulement avec des nuages. Mon nuage m’attendait. Il était reconnaissable entre tous. Cotonneux et de la forme d’un chien. Je pouvais monter en nageant jusqu’à lui. J’emportais avec moi du pain,  des bonbons, des biscuits, du ravitaillement pour plusieurs jours. C’était magique. Je pouvais tout voir sans être vue.  Je ne craignais plus rien. Comment je redescendais, je n’en sais rien. Chaque matin je me réveillais dans mon lit. Je ne sais pas comment cette fuite par le haut a pu durer si temps; Un ou deux ans. Après il n’y avait plus de nazis mais les angoisses étaient bien là.

Pourtant le rêve existe toujours; Dans le Ciel, toujours sans Dieu, un lieu clair et haut. Le lieu du paradis, le lieu des morts aussi. Un bord de ciel où la mer se confond avec les montagnes qui le bordent.Le soleil joue de l’ombre et la lumière, scintille sur les vagues qui se reflètent dans le ciel. La nuit, des étoiles traversent la voûte céleste et tombent dans la mer. C’est là que je rencontre mes morts. On se parle, quelquefois. Avec Papa , souvent, Leonardo, disparu au Chili, Rosa, jetée dans la Spree à Berlin en 1919. Ces personnes ont eu des utopies. Ils en sont morts. Je ne les entends plus. Mais les voix de Paoletti, des airs de Schubert ou de Thälman les recouvrent. Moi, je nage dans le bleu doux et lumineux, ciel et mer confondus.

Le poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan

Ce film turc de Nuri Bilge Ceyla (2018) dont on avait vu le magnifique Wintersleep  propose une oeuvre poétique aux images parfois grandioses qui se déroule dans un village en Anatolie. Un jeune homme finit ses études d’instituteur et revient au village pour retrouver famille et amis. Il est difficile de définir le genre de ce film: chroniques familiales ou villageoises qui font penser aux récits de Tchékhov.  Le coeur du film semble être cette absence de perspectives qui s’offrent au jeune homme qui voudrait écrire, comme celles qui s’offraient à son père, instituteur père qui s’ennuie et se réfugie dans le jeu.L’errance solitaire du jeune homme partage son temps entre aide aux travaux des champs pour son père  qui creuse un puits pour tenter d’y trouver de l’eau, discussions sur l’islam avec deux amis imams ou sur la littérature avec un écrivain régional. Désarroi, absence de perspectives, ennui. Le film est assez sombre. Le héros (D. Demirkol) manque de charisme. Me père (M. Cemcir) est plus intéressant et fait passer une vraie complexité. A voir mais moins intéressant que Wintersleep.

blakkklansman, j’ai infiltré le Ku Klux Klan

Ce dernier film ( 2017) de Spike Lee part de l’histoire vraie d’un policier noir infiltré au KU KLUX Klan

Le ton (mélange de gravité et de burlesque) est conforme à celui de chacune des oeuvres du réalisateur. Peut-être cette fois-ci ce ton n’est-il pas le bon pour le sujet. Un jeune black( policier par vocation), propose une enquête sur le kuKluxKlan. Il prend les contacts par téléphone et un « blanc » (Flip, joué par Adam River) prend sa place dans les visites qu’il rend aux membres de l’organisation pour y adhérer. Leur enquête évitera un massacre mais le dossier sera classé « sans suite ». Le sujet est brûlant. Le film se clôt sur des images d’archives des émeutes de Charlottesville en 2017 et sur la déclaration de Trump renvoyant dos à dos les « suprématistes » « d’extrême droite » et les démocrates. Le film est engagé -Spike Lee défend dans chacun des ses films les droits civiques des afro-américains et leur histoire. Le sujet est grave et intéressant mais le ton parfois comique avec le côté « pieds nicklés » des racistes blancs, fait qu’il n’est pas toujours très lisible. Si le dernier tiers du film a du souffle, du rythme et de l’intensité, la première moitié est longue à mettre en place les éléments de l’histoire. Le scénario est curieusement alambiqué. A voir néanmoins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand la lumière décline de Eugen Ruge

Une très belle histoire de famille qui commence à Mexico, les grands parents communistes ont fui là-bas les violences nazies. Ils reviennent après la guerre d’abord à Moscou où le fils un intellectuel, connait les représailles du goulag, puis à Berlin Est. L’histoire se déroule sur quatre générations. On assiste aux chemins différents des personnages qui s’éloignent de plus en plus de l’absolu communiste. Les voix s’entremêlent. Le roman se clôt sur la radicale indifférence à la politique de l’arrière petit fils et avec la mort du patriarche stalinien. Eugen Ruge est lui-même né en DDR qu’il a fui quelques semaines avant la chute du Mur. Son roman paru en 2014 a connu un très grand retentissement en Allemagne.

Roman ample et passionnant qui fait penser à « La fin de l’homme rouge » en ce qui concerne l’humanité et le déclin du communisme

Trois visages de Jafar Panahi avec Benahnaz Jafari (2018)

Le réalisateur Jafar Panahi n’a pas le droit de tourner à visage découvert. Il n’a pu sortir d’Iran pour assister à la projection de ce film au Festival de Cannes 1918

Tout le film est tourné à partir d’une camionnette que conduit Jafar Panahi (l’acteur) lors d’un voyage dans la partie « azi » de l’Iran en lisière de la Turquie. Une manière pour le réalisateur d’échapper à la censure. Il traverse un vaste paysage de montagnes au sol desséché où nichent des villages très pauvres coupés de tout, sauf de la télévision et des séries, par lesquelles ils sont reliés au monde moderne.

Le film met en scène trois femmes : une jeune fille (Marziheh), née dans un de ces villages d’où elle est rejetée parce qu’elle veut faire des études d’art dramatique. Une vieille artiste du music hall revenue au village où elle vit pauvrement et exclue mais où elle aime peindre. Et l’actrice Benahnaz Jafari star de la télévision iranienne, qui accompagne Jafar Panahi. Elle a reçu un appel désespéré de la jeune Marziheh que l’on veut marier malgré elle dans le village où ils se rendent pour tenter de la retrouver.

Le film présente avec une grande poésie à la fois profonde, douce et réaliste la société archaïque, rurale et patriarcale de l’Iran d’aujourd’hui, coupé de l’Iran moderne, mais néanmoins très amoureux de cinéma.

Malgré quelques longueurs dues aux difficultés de tournage, Jafar Panahi , digne fils spirituel de A. Kiarostami, réalise un film très beau et intéressant sur les rapports de sexe, la place des femmes, et surtout sur son amour de l’Iran dont l’âme baigne toute l’oeuvre